Histoire de la ville


Situation géographique

Chemins d’origine antique autour du futur lieu d’implantation de Noblat

Entre la Montagne limousine et Limoges s’étend une zone de plateaux formés de roches granitiques et métamorphiques, dominés par de lourdes croupes arrondies. L’air océanique humide apporte deux éléments essentiels au paysage: l’eau et une opulente végétation d’arbres et d’herbe. Les eaux courantes, ruisseaux calmes ou dévalant les pentes vers les puissantes rivières de Maulde et de Vienne, cisèlent avec vigueur un paysage qui reste accueillant. C’est là que, à l’extrémité d’un long interfluve limité par les vallées du Tard et de la Vienne, se dresse à environ 350 mètres d’altitude la ville de Saint-Léonard-de-Noblat, dominant au sud son faubourg du Pont-de-Noblat (262 m).

Au Ier siècle avant notre ère, à l’emplacement de l’actuel bourg de Saint-Léonard, se trouvait un carrefour entre un grand itinéraire antique nord-sud menant de Bourges à Bordeaux et un axe secondaire est-ouest reliant l’Auvergne au Poitou. Un chemin d’intérêt local permettait aussi l’accès à l’oppidum de Villejoubert, le plus grand de Gaule, qui fut sans doute la capitale des gaulois Lémovices. Le gué puis le pont médiéval du faubourg du Pont-de-Noblat est un passage privilégié dans les circulations de l’Antiquité et du Moyen Âge et contribue à faire de la ville une étape importante sur la route de Saint-Jacques de Compostelle et de Rocamadour. C’est sur ce site que, durant les quatre siècles précédant l’an Mil, apparaît et se développe le modeste bourg de Nobiliacum, autour d’églises aujourd’hui disparues: Saint-Martin (cimetière actuel), Notre-Dame-de-sous-les-Arbres et Saint-Étienne (place Gay-Lussac).

Depuis la plus haute antiquité cette région fut habitée. Elle en porte encore les traces. Deux dolmens, témoins de l’époque préhistorique, encadrent le site: au nord à Marlhiat (commune de Saint-Martin-Saint-Catherine), au sud au Pouyol (commune d’Eybouleuf). L’oppidum gaulois de Villejoubert, l’un des plus grands d’Europe, n’est qu’à quelques kilomètres à l’est. De nombreux vestiges gallo-romains retrouvés sur le territoire communal de Saint-Léonard-de-Noblat (La Besse, Chigot, La Bussière…) ou dans les communes environnantes attestent la présence de domaines agricoles dès les premiers siècles de notre ère.

C’est dans ce site, et tout naturellement le long de l’antique chemin non loin du gué, que saint Léonard serait venu installer son ermitage au VIe siècle.


Saint Léonard: la légende, le culte

La légende

Léonard, d’après la tradition et le récit légendaire de sa Vie écrit au XIe siècle, était né dans une famille d’officiers de la cour du roi Clovis. Il eut pour parrain le roi des Francs et pour modèle l’évêque de Reims, saint Rémi. Très tôt, il obtint le privilège de visiter les prisonniers et de les faire libérer. Sa renommée alors grandit de jour en jour. On lui offrit de hautes charges qu’il refusa, préférant quitter la cour pour devenir disciple du Christ. Il se rendit à Micy, dans l’Orléanais, et resta quelques temps auprès de son frère Liphard et de saint Maximin. Puis, poursuivant son chemin vers le sud, il s’arrêta pour installer son ermitage non loin de Limoges et du tombeau de saint Martial, dans une forêt profonde, la forêt de Pauvain, en bordure de Vienne. Au cours d’un séjour du roi d’Aquitaine venu chasser en ce lieu, la reine arrivée au terme de sa grossesse ne put mettre son enfant au monde. Saint Léonard intercéda en sa faveur et obtint la délivrance de la mère et la vie de l’enfant. Le roi, par reconnaissance, lui offrit de nombreux présents, mais l’ermite n’accepta que le territoire de la forêt qu’il pourrait délimiter avec son âne en 24 heures. il nomma ce lieu Noblat et édifia un oratoire en l’honneur de Notre-Dame et de saint Rémi autour duquel commença à s’édifier un bourg. Deux moines s’installèrent près de lui. Peu à peu, de nombreuses personnes vinrent le voir, et des prisonniers, libérés par son intercession, lui demandèrent l’asile. Il leur partagea son domaine pour qu’ils le cultivent.

Vénéré par tous, saint Léonard mourut un 6 novembre et fut enterré dans la première église Notre-Dame-de-sous-les-Arbres qu’il avait fait construire. Le texte légendaire ne faisait peut-être que reprendre une tradition orale antérieure, et sa large diffusion dans tous les grands monastères européens contribua à faire du tombeau du saint patron des prisonniers un lieu de pèlerinage célèbre. Le chroniqueur Adémar de Chabannes reconnaît que vers 1010 les peuples affluent vers lui. Un siècle plus tard, un autre chroniqueur, Geoffroy de Vigeois, parle des nobles et des pauvres gens qui viennent chaque jour lui offrir des présents.

Le culte à Saint-Léonard

Les origines du lieu sont probablement semblables à celles de Saint-Junien et d’Eymoutiers. L’installation d’un ermite prédicant au VIe siècle se fit là aussi sur un domaine d’origine publique – Nobiliacum-, ce qui laisse supposer une initiative épiscopale, le lieu devenant un point d’évangélisation. Il est probable que, comme à Saint-Junien, Eymoutiers, Évaux et Brive, un oratoire fut fondé sur la sépulture du saint où un groupe de clercs détaché de l’episcopium était chargé de célébrer le culte et constituait, en même temps, un relais de l’autorité épiscopale dans cette partie du diocèse.

L’existence d’un chapitre de chanoines est attestée en 1023 au moment de l’élection comme évêque de Limoges de Jourdain de Laron qui était alors prévôt de Saint-Léonard. Ce choix peut être une indication sur les liens qui comme à Saint-Junien, Eymoutiers, Évaux, unissaient alors le chapitre de Saint-Léonard au chapitre cathédral et qui, comme dans ces exemples, renvoyaient à une fondation ancienne émanant de l’église-mère du diocèse.

Le culte de saint Léonard émergea véritablement au début du XIe siècle: vers 1016, parmi les mentions de nombreuses translations de reliques, notamment à l’occasion des conciles de Paix contemporains. Une vita de saint Léonard fut rédigée vers 1030, accompagnée d’un livre de miracles dû au même auteur qui lui attribue une solide réputation de faiseur de miracles et de toutes sortes de délivrances. Ces textes marquent le véritable point de départ du pèlerinage de saint Léonard et devaient lui assurer une promotion qui allait s’étendre à toute l’Europe. Au XIIe siècle, le meilleur témoignage de la gloire du pèlerinage est sans doute donné par le Liber sancti Iacobi qui mentionne les “cruelles chaînes de fer” accrochées par milliers sur tout le pourtour de l’église, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ainsi que sur les arbres d’alentour – sans doute des mâts- auxquels étaient suspendues “des menottes de fer, des carcans, des chaînes, des entraves, des pièges, des cadenas, des jougs, des casques, des faux et des engins variés dont le confesseur du Christ a libéré les captifs par la puissance de son pouvoir”. Le pèlerinage attirait alors de nombreux pèlerins, anonymes comme plus célèbres, venus de divers horizons parmi lesquels le fameux roi-prisonnier, Bohémond d’Antioche en 1106, Bruno de Segni, l’évêque Waleran de Naumbourg – qui séjourna quelques années à Saint-Léonard et consacra au saint une nouvelle vita et un récit de miracles-, l’évêque de Compostelle Diego Gelmirez, ainsi qu’un autre prisonnier non moins célèbre, Richard Cœur de Lion, à son retour de captivité vers 1197. Religieux, pèlerins et croisés prisonniers furent les principaux propagateurs du culte qui lui fut rendu ainsi que les récits de ces pèlerinages. Témoignant du succès du pèlerinage, les tables des changeurs, la cire provenant des dons des pèlerins, les offrandes faites à la “chaîne” ou à la fenêtre du sépulcre du saint sont mentionnés aux XIe et XIIe siècle dans plusieurs charte ou accords passés entre l’évêque de Limoges et le chapitre au sujet de la répartition des biens et revenus du sanctuaire. À la fin du XIIe siècle, l’évêque Sébrand dut fermer la crypte – un édicule associé aux reliques plutôt qu’une crypte architecturale, impossible ici en raison de la topographie – à cause des abus et des désordres qui s’y produisaient. La gestion du site était en effet partagée entre le chapitre et l’évêque qui restait le seigneur éminent du lieu. La question de la répartition des revenus était toutefois suffisamment importante pour qu’en 1154 l’évêque Gérard II ait fait insérer l’acte in extenso dans une bulle d’Adrien IV lui confirmant la possession des églises d’Évaux, Saint-Junien, Eymoutiers, Brive et Saint-Léonard.

La régularisation du chapitre au début des années 1100 entraîna un changement institutionnel et donc un changement architectural avec de nouvelles constructions pour répondre aux nouveaux besoins du chapitre régulier: habiter dans une maison commune, prendre les repas dans un réfectoire et dormir dans un dortoir. À proximité de la collégiale, une aula, sans doute une tour et des prisons rappelaient le pouvoir de l’évêque. À la faveur des activités générées par le sanctuaire et le pèlerinage, un bourg s’est peu à peu développé autour de la collégiale et de l’ensemble canonial qui allait évoluer en ville murée dès la fin du XIIe siècle, à la suite d’un accord entre l’évêque, les chanoines et le bourgeois. Aux XIIIe siècle, le renom du sanctuaire devait enlever tout souci d’argent et de recrutement au chapitre qui comptait alors vingt-trois chanoines, Dans les faits, une communauté pouvait accueillir de nouveaux membres tant qu’elle était en mesure d’assurer leur subsistance. Si l’essentiel des biens du chapitre était concentré dans la région environnante, des dépendances lointaines en Lorraine, près de Paris et en Angleterre témoignaient du réseau international dans lequel le renom de son pèlerinage avait placé le chapitre de Saint-léonard. C’est dans ce contexte religieux, institutionnel et économique que prirent place les campagnes de construction de la collégiale.

Extrait de: Éric SPARHUBERT, “Saint-Léonard-de-Noblat, collégiale Saint-Léonard”, Congrès Archéologique de France. Haute-Vienne, 2014, p. 219-221.

Aimeri Picaud, vers 1150, écrit dans le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle que ” la clémence divine a […] déjà répandu au loin à travers le monde entier la gloire du bienheureux confesseur Léonard du Limousin”. Ce guide contribua à la diffusion du culte de Saint-Léonard dans les communautés de pèlerins.

Au cours de l’époque moderne, la vivacité du culte liée à saint Léonard est surtout exprimée par la dévotion royale du trône de France. Charles VII en 1422 souligne qu’il s’est recommandé à lui pour qu’il puisse “remettre son royaume en paix et être délivré de la guerre des Anglais”, il vint lui même en pèlerinage à Saint Léonard en 1438. Henri IV fait aussi allusion au culte dans un acte de 1601, Anne d’Autriche se fit apporter les reliques pour favoriser la naissance du futur Louis XIV, le prince Condé vint à Saint-Léonard après sa libération de la prison de Vincennes en 1620. Ces quelques exemples montrent la continuité de la relation à la fois légendaire et réelle entre le culte de saint Léonard et le pouvoir royal depuis la vita et le parrainage de Clovis.

L’influence et le rayonnement du culte du saint se retrouvent jusque dans l’attribution de son nom aux nouveaux-nés. Le prénom devient très populaire à partir du XIVe siècle. En Limousin, il surpasse Martial au XVIe siècle sauf à Limoges. Vers 1800, 25% des garçons portent ce prénom dans cent communes limousines, cinq d’entre elles proches de Saint-Léonard-de-Noblat en comptent 40%.

Saint Léonard, homme de toutes les délivrances, est invoqué par les captifs, les femmes en couches, les enfants malades, et plus récemment les femmes stériles. Dans certaines régions, il est protecteur du bétail, des récoltes et des chevaux. De la Norvège à l’Espagne, de l’Écosse à Bethléem, plus d’un millier d’églises, chapelles et hôpitaux furent fondés en l’honneur de saint Léonard du Limousin.

Iconographie

Statue du saint à Saint-Léonard. Cliché M.F.

Les représentations du saint patron des prisonniers sont logiquement le reflet de l’univers carcéral et pénitentiaire à partir du XIe siècle. Dans la plupart des estampes du XVIIe et du XVIIIe siècle, il est mis en scène en train de sortir les prisonniers d’une tour avec fenêtre à barreaux, des cachots, des prisons ou donjons et châteaux-forts. Dans certains tableaux, émaux, fresques ou statues, des prisonniers libérés viennent s’agenouiller devant le saint en lui portant leurs chaînes brisées en signe de dévotion. Ces mêmes chaînes, avec ou sans verrou, deviennent rapidement l’attribut principal de saint Léonard et le distingue des autres saints ce qui rend son identification rapide dans l’iconographie chrétienne. L’attribut des chaînes dans le culte de saint Léonard se diffuse dans toute l’iconographie européenne. De manière générale, le saint les tient à la main, les brandit ou les pose à terre. Elles figurent sur le sceau des Consuls en 1308, et encore aujourd’hui sur les blasons plus modernes de la ville de Saint-Léonard-de-Noblat. À partir du XVIe siècle, il tient parfois la palme attribuée précédemment aux martyrs, mais qui devient, surtout après le Concile de Trente, l’attribut de tous les saints entrés dans la gloire du Christ ressucité. En qualité de saint confesseur, il est représenté de manière constante avec le livre d’Évangiles ouvert ou fermé. Son aspect vestimentaire en revanche est variable, il est la plupart du temps habillé en clerc mais il peut parfois porter la robe de bure de l’ermite. La France a surtout retenu la dalmatique de diacre. Cette tradition selon laquelle Léonard a été ordonné diacre par l’évêque Eusèbe d’Orléans s’appuierait sur un manuscrit du XIIIe siècle de Meung-sur-Loire et s’exprime surtout dans l’iconographie du XIVe siècle. Le saint est vêtu d’une dalmatique bleue ou rouge portée sur une aube blanche. Des fleurs de lys apparaissent un siècle plus tard, rappelant la légendaire origine royale de Léonard et la relation particulière du trône de France avec le culte. Les représentations de saint Léonard peuvent également varier selon les pays où le culte est célébré (Cf. la rubrique Culte de saint Léonard en Europe).

Les fêtes

Du XIIIe au XVIIIe siècles, des confréries eurent en charge l’organisation des fêtes célébrées en l’honneur du patron de toutes les libérations. Aujourd’hui, la Confrérie de saint Léonard reconstituée en 1890 les maintient toujours vivantes.

Ces principales fêtes sont:

  • l’anniversaire de la mort de saint Léonard, le 6 novembre.
  • Le deuxième dimanche qui suit le 6 novembre a lieu la fête de la Quintaine .
  • l’invention (ou redécouverte miraculeuse) des reliques, le 17 février. Cet événement remonte à 1403.
  • la commémoration du Miracle des Ardents de la place Champmain près de la ville en 1094, le 11 août.
  • la translation des reliques de saint Léonard, de l’oratoire primitif à la collégiale, le 17 octobre.
  • la fête de la Saint-Martial, spécifique au faubourg du Pont-de-Noblat car c’était le saint patron de l’ancienne paroisse du Pont-de-Noblat, le premier dimanche de juillet.
  • la Quasimodo, qui marquait l’ouverture des Ostensions septennales, le jour de la Quasimodo le premier dimanche après Pâques.

Tous les sept ans, la Confrérie préside également à l’organisation des Ostensions, vénération particulièrement solennelle des reliques, portées en procession à travers la ville décorée et pavoisée par toute la population. Celles de Saint-Léonard sont les plus anciennes après celles de Limoges.


La ville et sa commune

Développement & Prospérité

Si la tradition légendaire fait remonter les origines de la ville de Saint-Léonard-de-Noblat à l’installation des anciens prisonniers et des premiers pèlerins près du tombeau du saint ermite, ce qu’on en connait ne commence réellement qu’avec la multiplication des archives aux XIe, XIIe et XIIIe siècles.

Des fouilles archéologiques ont bien révélé la présence d’une implantation humaine en centre ville antérieure à l’an Mil, ainsi que le long du vieil itinéraire dans le cimetière de Champmain (fragments de sarcophages en calcaire, matériaux antiques en réemploi…), mais rien ne permet d’en préciser la nature et la date.

À partir du XIe siècle, alors que le pèlerinage se développe, communauté religieuse et communauté des habitants se structurent. Grâce au large développement du culte voué à saint Léonard et des activités commerciales allant de pair, Noblat connaît une large expansion. Le bourg s’organise dès lors autour de deux pôles de développement: un pôle à vocation commerciale et d’habitat, centré sur le carrefour routier situé à l’emplacement de l’actuelle place de la République, et un pôle religieux autour des églises Notre-Dame-de-sous-les-Arbres, Saint-Étienne, l’hôpital et surtout de la collégiale dont la construction débute au milieu du XIe siècle pour s’achever au XIIIe siècle. La rue des Étages avec ses étals et la grande rue Fonpinou relient les deux quartiers.

Les clercs chargés de veiller sur les reliques et d’accueillir les pèlerins s’organisent sous l’impulsion de leur ancien prévôt Jourdain de Laron, devenu évêque de Limoges en 1023. En 1105, ils forment un Collège de chanoines réguliers. Ils agrandissent leur domaine et deviennent responsables de plusieurs paroisses en ville et aux alentours.

Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, la ville s’entoure d’un fossé sec et d’importants remparts. Huit portes avec tours et pont-levis en permettent l’accès. Elle prend dès lors la physionomie que le centre ville actuel à toujours conservé. Le cimetière principal est à Champmain, hors les murs de la ville, et la maladrerie en bordure du Tard sur la route de Paris, non loin du domaine du Temple. Dans le même temps, la communauté des habitants a obtenu des souverains Plantagenêt des privilèges et périodiquement, de Louis VIII en 1224 à Louis XV, les rois de France les ont confirmés. La commune est alors dirigé par huit consuls élus pour un an. Ceux-ci sont responsables de l’organisation générale de la Cité. Ils ont un sceau, une bannière et siègent à la Maison de la Ville.

Au fil des années, les bourgeois de Saint-Léonard ont acquis une autonomie et certains bénéfices assez mal vue du seigneur de la Ville, l’évêque de Limoges, dont le château, installé à Noblat sur la rive gauche de la Vienne, matérialise la puissance. Celui-ci entend faire prévaloir ses droits: un long procès l’oppose à la Commune de 1279 à 1307. Finalement, la Commune doit abandonner son autonomie tout en gardant ses consuls, et l’évêque récupère une partie de ses anciennes prérogatives et associe le roi de France à tous ses droits de seigneurie et de justice.

Fouilles archéologiques en 1996, tour d’enceinte, jardin de Rigoulène. Cl. Paul Colmar.

Plusieurs faubourgs se développent à partir du XIIIe voire du XIIe siècle le long des axes sortant de la ville murée. Les deux plus importants sont les faubourgs Banchereau (ancienne voie d’accès principale en venant du nord et de l’est, actuellement route d’Auriat) et Bouzou (actuelle route de Bujaleuf). Additionnés à la surface intra-muros, ils donnent à Saint-Léonard une forme et un développement qui n’évolueront que dans de très faibles proportions jusqu’à la deuxième moitié du XXe siècle. Le faubourg du Pont-de-Noblat occupe une place à part. À l’écart du bourg car installé en bord de Vienne, il existe depuis le XIe siècle au plus tard. Il s’étend de part et d’autre d’un pont attesté au XIIIe siècle, construit en remplacement d’un autre pont, ayant lui-même succédé à un passage à gué utilisé dès avant la conquête romaine. Surplombé par une motte castrale, édifiée vers l’an Mil, et très tôt doté de nombreux moulins et d’une église paroissiale à la fin du Moyen Âge, le Pont-de-Noblat eut longtemps les allures d’un véritable bourg.

Lors des querelles entre les Plantagenêt ducs d’Aquitaine et rois d’Angleterre, et le roi de France et ses partisans, les “Paillers” attaquèrent la ville en 1183. Les “Brabançons” l’occupèrent plusieurs années avant d’en être chassés par les troupes de l’évêque de Limoges en 1204. Puis, Jean-sans-Terre, roi d’Angleterre, y entra avec son armée en 1214, avant que le roi de France ne redevienne maître de la région. Par sa présence sur le grand itinéraire routier nord-sud, la ville de Saint-Léonard fut souvent à la merci des bandes armées qui sillonnèrent la région à différentes époques.

Au début de la Guerre de Cent-Ans et particulièrement de 1369 à 1373, lors de la chevauchée du Duc de Lancastre puis des représailles françaises, le château de Noblat fut en partie détruit et les remparts de la Ville et de nombreuses maisons fortement endommagés.

À l’époque des Guerres de Religion, en 1575, les habitants massacrèrent et chassèrent les calvinistes qui occupaient la ville et voulaient profaner les reliques. Pendant plus de dix ans encore, les passages de troupes successives ravagèrent les environs de Saint-Léonard. Il faudra attendre la fin des Guerres de Religion et le XVIIe siècle pour trouver une nouvelle prospérité.

À la suite de ces périodes troublées, la vie religieuse se renouvelle et s’exprime sous d’autres formes, les pèlerinages ayant perdu de leur importante. Deux communautés religieuses s’installent à Saint-Léonard: les Récollets en 1594, hors les murs mais près d’un rempart non loin de la porte Aumônière, et les filles de Notre-Dame en 1652, près de la Collégiale. Une grande partie des habitants se groupe au sein de confréries de métiers ou de dévotion qui jouent jusqu’au milieu du XIXe siècle un rôle important dans la vie sociale des habitants de Saint-Léonard. Trois confréries de Pénitents sont fondées en ville: les Pénitents Blancs s’installent à Saint-Martin de Champmain, les Pénitents Bleus à Saint-Jérôme en 1612, et les Pénitents Feuilles-Mortes en 1627 à Saint-Martial puis à Sainte-Madeleine au cimetière.

Les Miaulétous* connurent de longues années de prospérité, au XIIIe siècle puis à partir du XVIIe. Ils surent développer des activités artisanales et commerciales. L’eau fournissait la force motrice aux nombreux moulins installés dès le XIIIe siècle sur la Vienne (moulins de Noblat) et sur tous les cours d’eau, même les plus petits. La commune, dans sa limite actuelle, en a compté plus de cinquante: moulins à farine et à huile, moulins foulons et à tan, martinets (moulins à battre le cuivre), et à partir du XVe siècle, moulins à papier. Les diverses fabrications: chaudronnerie, tissus, cuirs, papiers, fournissaient la matière d’un commerce à la fois local et lointain; les marchands de la ville fréquentaient les Foires de Champagne; le papier de Saint-Léonard se vendit en Hollande et à Paris jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Les nombreuses maisons du XVIIIe siècle que l’on peut admirer en visitant la ville et la construction du pont neuf en 1785 reflètent la prospérité retrouvée et l’enrichissement progressif de ses habitants. Devenus inutiles, les remparts furent démolis progressivement pour laisser la place aux boulevards actuels et à la nouvelle grande route de Limoges-Lyon. De ces remparts et de ces portes, il ne reste aujourd’hui que peu d’éléments visibles: une pile de porte à l’extrémité de la rue Victor Hugo, des supports de mâchicoulis au bout de la rue Jean Jaurès et la base d’une tour en bordure du boulevard Carnot. À la fin du XVIIIe siècle, la ville et ses banlieues comptaient plus de 6000 habitants; c’était la quatrième ville du Limousin.

La période révolutionnaire n’a pas apporté de changements notoires. Les mêmes familles ont dirigé les affaires municipales avant, pendant et après la Révolution française. Les communautés religieuses sont supprimées ainsi que les anciennes paroisses de Saint-Étienne, Saint-Michel, Saint-Martial du Pont et La Chapelle. Bâtiments et églises, vendus comme biens nationaux à partir de 1793, sont transformés ou démolis. Une seule paroisse couvre la zone urbaine de Saint-Léonard, et la Collégiale devient une église paroissiale. La ville prend le nom de Tard-Vienne en 1793 puis de Léonard-sur-Vienne, pour retrouver très vite son ancien nom de Saint-Léonard.

*Miaulétous: nom donné aux habitants de Saint-Léonard en raison des milans voletant dans le clocher. Ces oiseaux sont aussi appelés des miaules dans la région.

Transformations & Déclin

À partir du XIXe siècle, le viel itinéraire routier qui avait fait la fortune de Saint-Léonard a perdu de son importance face à l’arrivée du chemin de fer et l’inauguration de la ligne Limoges-Eymoutiers en 1881. L’évolution des techniques tant agricoles qu’industrielles transforma l’économie. L’industrie de la porcelaine s’établit à partir de 1824 dans les environs. Aussi, Saint-Léonard, qui a fourni à Limoges une des premières familles d’imprimeurs, a vu s’installer une puis deux imprimeries. À la campagne tout change. C’est la généralisation de la culture de la pomme de terre, le chaulage des terres, la suppression de la jachère et surtout le développement de l’élevage bovin lié à celui des cultures fourragères. Saint-Léonard s’enorgueillit d’être le berceau de la “race bovine limousine” dont le herd-book fut crée en 1886. L’industrialisation trop lente et tardive a cependant mis en péril des activités jusque là artisanales. Le virage du progrès technique sonne paradoxalement le glas de la deuxième période de prospérité depuis le XVIIIe siècle alors que Saint-Léonard était encore au milieu du XIXe siècle au premier rang dans le département pour l’industrie du cuivre et dans les premiers rangs pour la tannerie.Trois moulins à papier sur la Vienne s’étaient reconvertis en usines pour la fabrication du papier-paille; des filatures s’étaient maintenues. Aujourd’hui subsistent un moulin à blé sur la Vienne, une papeterie, une tuilerie jusqu’en 2002, une tannerie conservant la tradition des peaux préparées à l’ancienne. Trop proche géographiquement de Limoges, la ville n’a pas pu résister à une forte centralisation des activités et des voies de communication au cours du XXe siècle.

Les roues des moulins ont disparu, mais les cours d’eau fournissent maintenant l’électricité. Un antique barrage restauré et modernisé à Beaufort en 1894 alimente, en Régie Municipale, une partie de la commune. Un barrage EDF beaucoup plus récent et important, sur la Maulde, à Lartige, est le premier d’une série qui permet en même temps l’établissement de plans d’eau. D’autres moulins comme Farebout et Maquetaud ont été également transformés en micro-centrales hydroélectriques.

Au XIXe siècle et même jusqu’en 1939, la cité ne dépassait guère ses boulevards et une quantité prodigieuse de petits commerces l’animait. La ville connaît une expansion importante à partir de l’après-guerre, liée à la construction de cités, de lotissements et d’équipements sportifs ou de loisirs. Entre les années 1950 et le début du XXIe siècle, sa surface est presque multipliée par dix et Saint Léonard incorpore dorénavant le faubourg du Pont-de-Noblat jusque là isolé. La ville s’est étendue le long de la RN 141 en direction d’Aubusson et a gagné du terrain vers l’est, où le relief était plus favorable à l’implantation de nouveaux quartiers. Cette transformation liée à l’évolution des mœurs et de la société, s’est produite malgré une population communale en légère mais constante baisse depuis un siècle. Saint-Léonard compte aujourd’hui un peu moins de 4500 habitants. Aussi, la proportion de la population urbaine a largement dépassé la moitié du total alors que pendant longtemps, population urbaine et population rurale étaient équilibrées. Cependant, Saint-Léonard conserve ses marchés du samedi matin, sous la hall et sur la place, et ses foires du premier lundi du mois.

Préservation & Valorisation

Inscription au patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1998

La vocation touristique de la ville s’affirme de plus en plus. Elle donne à voir au visiteur les beautés architecturales de sa cité médiévale mise en valeur par des restaurations récentes et de sa collégiale inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998. Chaque été, les associations et différents organismes locaux se relaient pour animer la ville: manifestations sportives, concerts (Été musical), expositions (Biennale de la Peinture etc.), foire à la brocante, braderie et fête de la viande bovine limousine, après le 15 août.

La ville de Saint-Léonard-de-Noblat est inscrit en secteur sauvegardé. Ils furent créés par la loi du 4 août 1962, dite loi Malraux en référence au ministre de la Culture de l’époque. Le code de l’urbanisme indique que “des secteurs dits secteurs sauvegardés peuvent être créés lorsqu’ils présentent un caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d’un ensemble d’immeubles bâtis ou non”. Parmi la centaine de secteurs sauvegardés créés en France depuis 1962, Saint-Léonard-de-Noblat est la première ville en Limousin à s’être dotée d’un tel outil d’urbanisme, permettant la préservation du cadre de vie des habitants et la valorisation de l’attrait touristique du bourg.

Le premier pas vers la création d’un secteur sauvegardé est celui de la définition du périmètre de la zone à protéger. Celui de la ville de Saint-Léonard-de-Noblat a été crée par arrêté préfectoral le 26 novembre 2008. Il délimite un espace de 22,5 hectares, incluant notamment le bourg intra-muros et ses deux anciens faubourgs. Tout projet de construction, démolition ou modification, intérieure ou extérieure, dans ce périmètre, est dès lors soumis à l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), même pour les travaux ne requérant pas habituellement d’autorisation, et doit faire l’objet d’une demande en mairie. Le second pas est la réalisation du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV). Il est constitué d’un plan détaillé du secteur sauvegardé et d’un règlement permettant de définir les normes architecturales et urbaines à suivre. Il se substitue au Plan Local d’Urbanisme (PLU) dans les limites du périmètre défini. Élaboré par un chargé d’études spécialisé, architecte du patrimoine, entouré d’une équipe de spécialistes (archéologues, historiens…), sous maîtrise d’ouvrage du ministère de la Culture, il est soumis à enquête publique après avis de la commission locale du secteur sauvegardé et approbation par le conseil municipal et la commission nationale des secteurs sauvegardés.

La ville de Saint-Léonard-de-Noblat fait partie du label Pays d’art et d’histoire de Monts et barrages. Le label “Villes et Pays d’art et d’histoire” est attribué aux collectivités qui s’engagent en faveur de la valorisation et de l’animation de leur patrimoine, en direction de trois principaux publics: les jeunes, les habitants et les touristes. Une convention, signée entre la collectivité et le Ministère de la Culture et de la Communication, fixe les objectifs du label: initier le jeune public à l’architecture, au patrimoine et à l’urbanisme, sensibiliser les habitants à leur cadre de vie, inciter à un tourisme de qualité, et communiquer sur le patrimoine du territoire.


Artisanat & Industrie

Le cuir

Présente à Saint-Léonard depuis le Moyen Âge, la tannerie, procédé permettant la transformation de la peau en cuir s’est particulièrement développée en raison des qualités propres au secteur. L’existence de nombreux moulins, en particulier de moulins à tan, permettait le broyage de l’écorce de chêne et de châtaigniers, nécessaire pour l’obtention de la poudre servant au tannage des peaux. L’activité était largement facilitée localement par les qualités d’acidité des eaux de la Vienne et du Tard. La plupart des tanneurs, notamment en raison des fortes odeurs inhérentes à la pratique de leur activité, étaient installés à l’extérieur du bourg, dans le faubourg Banchereau. Une importante industrie de la chaussure employant plusieurs centaines d’ouvriers a existé jusque dans les années 1980. La dernière tannerie de Saint-Léonard-de-Noblat, la tannerie Bastin, est l’une des seules en France à pratiquer le tannage à l’ancienne. Elle produit une partie des cuirs nécessaires à la fabrication des chaussures Weston.

Le papier

À partir de la fin du XVe siècle, la fabrication du papier devient une activité majeure de la ville. Plusieurs dizaines de moulins sont alors construits ou aménagés pour produire du papier, faisant de Saint-léonard aux XVIIe et XVIIIe siècles le principal centre papetier du Limousin. À la fin du XVIIIe siècles, ce sont plus d’une vingtaine de moulins à papier qui s’égrènent le long de la Vienne et de ses affluents à proximité du bourg. Le Moulin du Got, lieu de visite et de production situé à la confluence du Tard et de la Vienne, en est le dernier témoin, présentant toutes les étapes de la fabrication du livre: du papier à l’imprimerie.

La porcelaine

La découverte au milieu du XVIIIe siècle de kaolin au sud de Limoges permit d’entamer une production porcelainière dont la capitale régionale est et en fut le fer de lance. Profitant du potentiel en énergie hydraulique et de la proximité du bois et de la main d’œuvre, certains industriels investirent le secteur de Saint-Léonard. Ce fut le cas à partir de 1824 de Jean Tharaud, puis de François Pouyat, à la Varache à proximité du Pont-de-Noblat. Ce site accueille aujourd’hui la manufacture JL Coquet qui, avec la Porcelaine Carpenet sur la route de Bujaleuf, perpétue la tradition de la création et de la production porcelainière à Saint-Léonard-de-Noblat.

Les massepains

Cette pâtisserie moelleuse, spécialité gastronomique de Saint-Léonard à base d’amande, de blanc d’œuf et de sucre, n’est pas originaire de la cité mais provient d’Orient et se serait répandue via le commerce et le pèlerinage. Sa version locale est à mettre à l’actif de Camille Petitjean, artisan pâtissier et commerçant à Saint-Léonard qui eut l’idée d’en réactualiser la recette vers 1900. Les qualités gustatives de ses massepains et la promotion qu’il en fit dans la région les ont fait entrer durablement dans le patrimoine gastronomique limousin. Les pâtissiers locaux et la Confrérie du Massepain perpétuent cette tradition sucrée éclipsant quelque peu les qualités d’une autre spécialité locale: le pruneau confit.


Maquette

Maquette réalisée par CSSL. Cl. R. Godrant

Au départ, la réalisation d’une maquette du centre-bourg de Saint-Léonard-de-Noblat était idée en l’air, un projet sans lendemain. Et puis, en 1999, un petit groupe de l’association Connaissance et Sauvegarde, encadré par la bénévole Annick Bru, fonde l’Atelier Maquette au sein du Foyer Rural. Grâce aux conseils avertis des maquettistes professionnels, messieurs Chauprade et Acrement, et aux recherches personnelles de l’équipe, 28 îlots sont construits en carton bois. Mesures sur le terrain, photos, report sur les plans d’élévation, ce travail technique et patient permet l’achèvement en 2013 d’une maquette saisissante de vérité. Plus que le travail d’un petit groupe, c’est la contribution de toute une ville pour ce projet: des habitants ont volontiers ouvert les portes de leurs maisons pour permettre un modèle réduit, fidèle à la réalité. La maquette est installée depuis 2018 dans le hall d’entrée de l’espace associatif l’Escalier. Cette réalisation de grande ampleur donner à voir au visiteur l’ensemble du centre-bourg actuel et les traces du bâti ancien.

Selon le même procédé, une maquette du quartier du vieux pont de Noblat est en cours de réalisation.

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Monuments & Architecture

La collégiale

Seul édifice inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en Limousin, la collégiale est de fait le principal monument du bourg. Inscrite au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, elle doit pourtant davantage sa renommée à l’ermite Léonard qu’au pèlerinage jacquaire. Essentiellement romane, ses origines remontent au milieu du XIe siècle (nef et transept). Elle est agrémentée vers 1100 d’un élégant clocher à gâbles et d’une chapelle ronde évoquant le Saint-Sépulcre de Jérusalem. Son vaste chœur, disproportionné par rapport au reste de l’édifice, est une reconstruction du milieu du XIIe siècle. Il adopte alors le plan classique des églises dites de pèlerinage, avec déambulatoire et chapelles rayonnantes, facilitant la circulation intérieur autour des reliques de Léonard. Cette modification intervient au moment où le rayonnement du culte de Léonard touche l’Europe entière, attirant dans la ville des pèlerins en nombre toujours croissant. La façade occidentale, seul élément gothique de l’église, date quant à elle du XIIIe siècle. À elle seule, l’évolution architecturale de la collégiale témoigne de l’importance du développement de la ville aux XIIe et XIIIe siècle.

Contrairement à la plupart des grandes collégiales romanes du Limousin, celle de Saint-Léonard-de-Noblat ne présente pas un parti architectural homogène. Son histoire monumentale est fort complexe car elle fut à plusieurs reprises agrandie et transformée, de sorte que différentes phases de travaux se trouvent juxtaposées, superposées, imbriquées parfois. L’absence d’un programme de construction homogène à l’époque romane peut sembler surprenante au regard des autres grands établissements de la région et, surtout, de la renommée que connut aux XIe et XIIe siècles le pèlerinage au saint patron des prisonniers. En dépit de cela, les chanoines de Saint-Léonard ont témoigné d’une attitude conservatrice qui les a conduits à embellir, amplifier et compléter un édifice ancien par des programmes de construction dont la succession a dû être relativement rapprochée dans le temps. Au-delà de ce constat, l’analyse révèle que leurs grandes orientations furent sous-tendues par des choix architecturaux ambitieux, significatifs des prétentions d’une communauté de chanoines riches et d’un centre de pèlerinage important tant à l’échelle locale qu’internationale. (1)

(1) Extrait de: Éric SPARHUBERT, “Saint-Léonard-de-Noblat, collégiale Saint-Léonard”, Congrès Archéologique de France. Haute-Vienne, 2014, p. 219-221.

L’hôpital

À proximité de l’une des portes principales de l’ancien rempart, dite Aumonière, l’hôpital médiéval, dont l’existence est attestée dès la deuxième moitié du XIIe siècle, conserve encore deux portes décorées des XIIIe et XIVe siècles. Si l’imaginaire collectif l’associe souvent aux pèlerins de Saint-Jacques, ce lieu d’accueil recevait plus généralement toute personne, pèlerin ou non, cherchant abri, nourriture et soin. Quant aux malades les plus contagieux, nomment les lépreux, un établissement leur était réservé à l’extérieur du bourg, près du Tard, au lieu-dit La Maladrerie.

Le couvent des Filles de Notre-Dame

Face au jardin de l’un de ces hôtels particuliers, l’hôtel de Rigoulène, se dresse l’ancien couvent des Filles de Notre-Dame. Cet ordre cloîtré, fondé à Bordeaux par Jeanne de Lestonnac en 1607, avait pour but l’éducation des jeunes filles qu’elles soient pauvres ou “demoiselles”. L’installation à Saint-Léonard-de-Noblat de cet ordre intervient en 1652. Si l’état initial du couvent est difficile à cerner, le début de la construction du bâtiment actuel date de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Aujourd’hui, il accueille notamment le musée dédié au célèbre physicien et chimiste Louis-Joseph Gay-Lussac, né à Saint-Léonard en 1778. Après dissolution en 1792, les Filles de Notre-Dame se réinstalleront à Saint-Léonard en 1838 et feront notamment construire un nouveau couvent en 1897-1898, devenu aujourd’hui le collège Bernard Palissy.

Le Vieux Pont

Situé hors du bourg, le faubourg de Noblat fut longtemps un axe géographique stratégique jusqu’à l’arrivée du chemin de fer et de la construction d’un viaduc pour la ligne Limoges-Eymoutiers-Ussel. Sa vocation première de lieu de passage, à gué dès l’Antiquité puis grâce aux différents ponts lui ayant succédé, fut dès le Moyen Âge doublée d’une vocation défensive, matérialisée par la motte castrale qui surplombe encore le faubourg: l’emplacement de l’ancien château médiéval de Noblat. Le vieux pont a été constitué en pierres vers 1270 et sans doute complété par une porte fortifiée. Cet ensemble défensif avait pour but de contrôler cette partie de la vallée de la Vienne qui forme un coude et de surveiller le passage. Un second pont est construit en 1785 pour faciliter les circulations et les échanges plus nombreux avec le développement de la ville. Une maquette du quartier du Vieux Pont est en cours de réalisation par Connaissance et Sauvegarde.


Architecture & Habitat

Un grand nombre de maisons conservent des éléments datant du Moyen Âge: des façades complètes comme la maison des Consuls, des baies géminées, frises et modillons sculptés, et souvent de grandes arcades brisées dont la plupart ouvraient autrefois sur des échoppes en rez-de-chaussée. La plupart de ces maisons furent construites au milieu du XIIIe siècle. Si beaucoup d’entre elles se trouvent sur les places principales (Noblat, République, Gay-Lussac), des éléments médiévaux, tels que les caves voûtées, sont présents un peu partout dans le bourg, témoignant de la densité et de la qualité du bâti médiéval de Saint-léonard-de-Noblat.

Le retour de la prospérité aux XVIIe et XVIIIe siècles semble évident au regard du nombre et de l’intérêt des maisons datant de cette période à l’image des maisons à la “tour ronde” et à la “tour carrée” datées des environs de 1700. Si leur organisation reste assez semblable (commerce au rez-de-chaussée et logement dans les étages), les formes évoluent sensiblement. Les arc brisés laissent place aux arcs en plein-cintre ou en anse de panier et les ouvertures des étages gagnent en largeur, en hauteur et en sobriété dans le décor. De remarquables escaliers en bois sont construits comme au n°13 de la rue Victor Hugo et au n°3 de la place Gay-Lussac, actuel local associatif de l’Escalier. Sont réalisés à la même époque plusieurs hôtels particuliers, demeures bâties entre cour et jardin, nécessitant de grandes surfaces pourtant rares dans le centre-bourg, comme l’hôtel de Rigoulène, avenue du Maréchal-Foch, relevant du courant architectural néo-classique.

Au fil du développement de Saint-Léonard et de ses alentours, plusieurs châteaux ont été construits par les différents puissants des environs. Des sites fortifiés antérieurs au XVe siècle ont été édifiés pour participer au contrôle du territoire: le château à motte du Dognon (Xe– XIVe siècle), le site fortifié de Mureau (XIIe– XVe siècle), le château de Noblat (XIe– XIVe siècle). Des châteaux destinés à l’habitat sur un domaine sont construits, remaniés, reconstruits, du XVe siècle au XIXe siècle selon le courant architectural du moment: le château de Rigoulène (Saint-Léonard), le château de Brignac (Royères), les châteaux des Rieux, Ribagnac et de Plantadis (Saint-Martin-Terressus), le château de Puyjoubert (La Geneytouse), les châteaux de Vernon (Moissannes), Lussac, Bassoleil, Landeix (Saint-Léonard).

L’architecture encore en élévation et l’étude du patrimoine bâti rendent compte des différentes périodes de l’histoire de Saint-Léonard-de-Noblat. Le centre-bourg et les alentours riches des châteaux, des moulins, des logis de fermes anciens et des maisons de maîtres, sont les nombreux témoins d’un dynamisme et d’une prospérité passés.